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        Le processus médical de neutralisation de la douleur lors de l’accouchement

        Le processus de gestion de la douleur chez les femmes enceintes : la péridurale

        La volonté de contrôler le corps des femmes enceintes par des procédés médicaux serait née du désir de réduire la mortalité infantile, mais aussi d’une volonté politique, car jusqu’au XVIIIe siècle, des populations nombreuses et en bonne santé renvoyaient un état fort (Beaudouin 2019 Lecon 6). Aux prémices de la médicalisation de la maternité, Jacques Bertillon avait contribué au contrôle étatique des naissances en élaborant des statistiques permettant de mesurer les données de naissance et de mortalité (Beaudouin 2019 Lecon 6). Le problème posé à l’époque amenait l’idée qu’une naissance pouvait entraîner un voir deux décès, celui de la mère et/ou de celui de l’enfant. Garantir la vie au moment de l’accouchement a amorcé des “pratiques normatives” (Beaudouin 2019 Lecon 6) et interventionnistes au cours de processus naturels depuis des millénaires. La relation étroite entre professionnels de la santé et femmes enceintes se développera alors durant toute la grossesse, et ce suivi nécessitera un contrôle accru de ces dernières. Il est alors sujet de « produire la naissance » et de décrocher d’une appréhension naturaliste (St-amant, S.).

        « Cette conception de la naissance intégrée au cours naturel de la vie et non à un événement pathologique » (Dessurealt, A-M. 2015) allait de soi jusqu’au XXème siècle. En encadrant les femmes enceintes par des processus de neutralisation de la souffrance en inventant la péridurale, la douleur qui était saine et utile à l’époque est perçue comme anormale aujourd’hui. Les corps des femmes enceintes demeurants entre les mains des experts médicaux, il n’est plus possible pour elles d’être actives pendant leurs accouchements, notamment avec les effets de cette dernière. En effet, ce processus de médicalisation de l’accouchement n’est pas sans effets négatifs. L’ocytocyne et les endorphines sont alors absorbés par les effets de l’anesthésie alors que ces hormones ont des effets elles-même anti-douleurs naturels, relaxants et contractiles pour l’engagement du bébé dans l’utérus puis son expulsion.

        La péridurale faiblement ou fortement dosée, rallonge ainsi la durée de l’accouchement en inhibant ces hormones, et par passivité de la mère peut engendrer une souffrance du bébé provoquant a son tour des césariennes ou, des accouchements déclenchés (Dessurealt, A-M.).

        Ce processus médical anti-douleur, encadre la femme enceinte au point que sa mobilité réduite ne lui permette plus d’être active de son accouchement. Les positions sont limitées par l’anesthésie et celles prodiguées par le médecin ne favorisent pas la descente du bébé du fait de l’anti-gravité en étant allongée. D’autres effets imprévus et variés liés à l’utilisation d’instruments médicaux ( forceps, ventouses …) entrainent des lésions crâniennes, mais aussi un sentiment d’incompétence pour les mères naissantes elles-aussi. Les femmes sont soumises et non actives de leur propres corps et perdent leur confiance dans leur capacité naturelle à donner naissance pouvant par la suite faire face à des dépressions. (Dessurealt, A-M.)

        La péridurale, un processus ” savant “, est étroitement liée à la dépossession du corps. Rendant la femme enceinte passive, elle instaure également une séparation de la femme avec son sexe, et ainsi tous les signes qui l’aidaient à ce moment-là par des sensations qui lui appartenaient pour guider son accouchement sont ainsi excorporés (surveillance, étriers, examens gynécologiques…). Son sexe devenant un véritable “théâtre pelvien” (St-Amant, S. 2013).

        C’est en raison de ce désir de reconnection naturelle et sexuelle et du rejet de l’image doloriste de la naissance, que de plus en plus de femmes aujourd’hui ne souhaitent plus être infantilisées pendant leur grossesse. Certaines femmes souhaitent être pleinement actives durant le travail.

        Ce désir de mettre au monde un enfant à la maison est aujourd’hui perçu comme marginal, comme une résistance, (Caumel-Dauphin F. 2016) alors que c’est précisément la codification et les règles normatives durant la grossesse qui ont ôté aux femmes leur liberté de choisir.

        Les femmes assument cette marginalité assignée dans leur désir de vivre pleinement leur naissance, alors que simultanément les hypothèses de ce retour au naturel comme des risques possibles ou aggravés pour l’enfant à naître sont médiatisées. Pourtant la faculté d’accoucher est naturellement incorporée dans le sexe féminin, sans la supervision de ce dernier depuis l’apparition des mammifères sur la Terre.

        Pour citer cet article merci d’annoter :

        Mélot Mélanie, 2020, Article dans le cadre de recherches universitaires pour l’étude du crédit “Corps et souffrance” avec l’université Laval, WOMANHOOD PROJECT

        Bibliographie

        Saint-Amant S., 2015, « Nait-on encore ? Réflexions sur la production médicale de l’accouchement » Recherches familiales, 2015, Vol. 12 (1), 9-25

        Saint-Amant S., 2013, « Déconstruire l’accouchement : épistémologie de la naissance, entre expérience féminine, phénomène biologique et praxis technomédicale » Soutenance de thèse

        Beaudouin S., 2019, « , Lecon 5, Quantification de la vie et de la mort », ANT-1602 Corps, souffrance et douleur, Université Laval, session d’hiver.

        Beaudouin S., 2019, « , Lecon 6, Normes de bien-être et politiques de santé », ANT-1602 Corps, souffrance et douleur, Université Laval, session d’hiver.

        Dessurealt A-M., 2015, « La médicalisation de l’accouchement : impacts possibles sur la santé mentale et physique des familles », Médecine & Hygiène, 2015/1, Vol. 27, 53-68

        Caumel-Dauphin F., 2016, «Pourquoi l’accouchement à domicile », Naître à la maison, Eres, 1001 bébés, 243-248

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